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Branche d'olivier
Branche d'olivier (Photographie © Catherine Fournil)

Domaine Oléiole des Portètes – Partie 2

Interview du propriétaire du domaine, Ivan : oléiculture au domaine des Portètes

La culture de l’olivier est assez simple, si on a la main légère…

Pour des raisons esthétiques et pour des raisons pratiques, nous avons choisi au Domaine des Portètes, de planter les oliviers en quinconce de 7 mètres en 7 mètres, selon le schéma conçu par Le Nôtre pour les vergers de Versailles : illusion d’optique qui permettait au Roi-Soleil de croire, où qu’il soit, que le verger était parfaitement aligné ! Aux Portètes, l’écartement de 7 mètres en quinconce a aussi été choisi pour permettre aux pompiers de pouvoir traverser les olivaies de part en part et dans n’importe quel sens, en cas de feux de forêt. Notre habitat,situé au centre des olivaies, est ainsi protégé du feu.

Comme tous les arbres fruitiers, l’olivier doit être taillé. On distingue deux sortes de taille : la taille de formation et la taille de fructification. La taille de formation est celle que l’on choisira pour donner une forme optimale qui simplifiera la cueillette : c’est un choix personnel. Toutes les formes sont envisageables : en espalier contre un mur, en rang comme des vignes, en tonneau, etc. La taille de formation choisie est celle d’un « ballon de rouge » : un tronc de 1 m 50 surplombé par quatre branches charpentières.
La taille de fructification consiste à supprimer 15% des fleurs et à débourrer l’excédent de nouvelles pousses : on éclaircit le centre de l’arbre, c’est la taille dite aux « godets ». Une bonne taille se fait avec une main légère… Il faut qu’une colombe puisse traverser l’olivier sans perdre une plume !

Comme tous les arbres fruitiers, l’olivier a besoin d’engrais. Dans le cadre de la culture biodynamique, on emploie l’engrais vert. L’engrais vert consiste à cultiver dans les olivaies des végétaux qui, une fois gyro-broyés puis enfouis par rotovation annuelle, formeront un à deux centimètres d’humus nouveau qui nourrira l’olivier. Depuis 1996 que nous pratiquons cette technique, aucune carence n’est apparue, au grand dam des marchands d’engrais animal ou chimique… L’engrais vert est composé principalement de lupins, de moutardes blanches et jaunes, d’alphas, de trèfles aériens et souterrains, de sainfoin, de seigle et de très nombreuses graminées sauvages… Comme toutes les terres de bruyère, la terre des Portètes est acide. Son pH (unité de mesure de l’acidité de la terre) est de 6.8, un apport régulier et lent en calcaire est donc nécessaire pour le faire remonter à 7,2 pH idéal.

Domaine des Portètes
Domaine des Portètes (Photographie © Catherine Fournil)

Pour l’olivier, comme pour tous les arbres fruitiers, le moment crucial du cycle annuel est la floraison. L’olivier fleurit abondamment, son parfum est suave – une fragrance mêlée de troène et de vétiver -, mais la pollinisation est souvent difficile. Pour aider cette pollinisation, il faut, au sommet des collines, planter des oliviers de la variété Cayon dit pollinisateur universel. Grâce au vent, les oliviers se pollinisent entre eux… Il faut surtout leur apporter un oligo-élément vital pour l’olive, le bore. Le bore se trouve exclusivement dans les algues. C’est pourquoi il est opportun de pulvériser les fleurs des oliviers avec un engrais foliaire à base d’algues : on augmente ainsi de 30% la nouaison (transformation de la fleur en noyau). On trouve aussi des traces de bore fossilisé dans certaines pierres des restanques, d’où leur utilité tant pour la rétention d’eau que pour la pollinisation.
L’olivier est un arbre rustique. Un traitement annuel par pulvérisation de bouillie bordelaise (chaux + mercure) comme fongicide et un traitement annuel par pulvérisation d’argile blanche sur les olives pour les protéger de la mouche de l’olivier sont pratiquement, suffisants pour maintenir un bon état phytosanitaire.

Le choix des variétés d’olives aux Domaine des Portètes

Notre idée de planter des variétés nouvelles devait s’accommoder avec l’idée de conserver les variétés anciennes, véritable patrimoine intouchable,déjà cultivé il y a 2000 ans !
En 1995, au moment de nos premières plantations d’oliviers, l’Appellation d’Origine Contrôlée du Var (A.O.C.) n’existait pas encore pour l’huile d’olive. Cependant, nous devions faire des choix variétaux pour la plantation, sans connaître encore, celles qui seraient sélectionnées pour l’A.O.C.
Guidés par notre bon sens paysan ancestral, nous avons planté l’Aglandeau parce que sa productivité est la meilleure (4 kg à 6 kg d’olives pour un litre d’huile), la Bouteillan pour la douceur de son huile, la Cayon pour la pollinisation, la Pardiguier pour la qualité de son huile et enfin la Picholine (Verdale de l’Hérault) qui permet, en olives vertes, de pimenter et de mentholer le gout de l’huile et, en olives noires, de chocolater son gout.

Plus de dix ans après les premières plantations, l’A.O.C. du Var fut créée par le ministère de l’Agriculture : les 2/3 des olivaies devaient se composer de : Aglandeau, Bouteillan, Cayon et Picholine.
Finalement, nous ne nous étions pas trop plantés !

 

Définition (dictionnaire français du Littré)

Restanque : en provençal « Restanco » barrage, muret en pierre sèches soutenant une culture en terrasse