Contenu principal
Abbaye du Thoronet
Abbaye du Thoronet (Photographie © Frédérique Voisin-Demery, Creative Commons, no changes)

L’abbaye du Thoronet

L’abbaye du Thoronet est l’une des « trois sœurs provençales » avec les abbayes de Sénanque et celle de Silvacane. Elle est souvent considérée comme l’un des grands monuments de l’architecture provençale romane.
Faisons halte dans cette abbaye cistercienne au cœur du massif des Maures.

Histoire de sa fondation

L’ordre cistercien, ou ordre de Cîteaux, est un ordre monastique chrétien créé à la fondation de l’abbaye de Cîteaux en 1098 par Robert de Molesme. Son fort développement au début du XIIe siècle doit beaucoup à Bernard de Clairvaux, véritable chef de fil de l’ordre. Il est important de souligner que ce mouvement qui se répandit très rapidement dans toute l’Europe, promeut via la restauration de la règle bénédictine, ascétisme, travail et rigueur liturgique.

En 1136, des moines cisterciens de l’abbaye de Mazan (haut Vivarais), fondent l’abbaye Notre-Dame-de-Florièges à Tourtour, dans le haut Var. Cet établissement, placé sous le patronage de la Vierge Marie comme toutes les abbayes cisterciennes, est implanté au bord d’une rivière et près d’une ancienne voie romaine.
Probablement vingt ans plus tard, la communauté s’établit au Thoronet, à 25 km au sud sur un replat du massif des Maures. D’un point de vue économique, ce site était plus intéressant car situé à proximité de deux forêts, d’une carrière, d’une source, de deux rivières et entouré de terres propices à la culture. Ce domaine a sans doute été donné par la famille Châteaurenard en 1147, et les droits de possessions de l’abbaye confirmés la même année par le comte de Provence Raymond Béranger II. On pense qu’il a fallu plus d’un siècle pour terminer la construction des principaux bâtiments de l’abbaye du Thoronet.

Style et architecture

Comme ses deux autres « sœurs provençales » : l’abbaye du Thoronet possède des dimensions assez modestes pour une abbaye cistercienne. Elle est bâtie sur un plan similaire à celui de ses sœurs avec des bâtiments monastiques aux mêmes caractéristiques architecturales, et possède un clocher en pierre contrairement aux prescriptions de l’ordre. Mais elle se distingue de Sénanque et Silvacane par une sobriété et une austérité plus marquées, ainsi qu’une finition exemplaire des parements. De manière générale elle représente d’ailleurs plus l’architecture diffusée par l’ordre à l’époque, que l’architecture provençale, l’ordre envoyant certainement ses propres schémas et probablement ses maîtres d’œuvre. La main d’œuvre de construction était constituée des moines et des convers, mais aussi de compagnons et d’ouvriers spécialisés.

L’église, bâtiment principal de l’abbaye, fut probablement construite entre 1150 et 1175. Élevée sur un plan de croix latine, elle mesure 40 m de longueur sur 20 m de large. Sa nef voutée en berceau brisé est flanquée de collatéraux et comporte 4 travées dont la 4e est la croisée du transept. Elle possède une abside semi-circulaire voûtée dite en « cul de four ». L’absence de décor et le peu de lumière fournit par deux oculus et quelques baies renforcent l’impression générale de dépouillement et d’austérité.

Les galeries du cloître furent construites entre 1175 et le début du XIIIe siècle. Le cloitre est de forme trapèzoïdale (original !) avec en son centre le préau. Ses quatre galeries couvertes sont voutées en berceau, et présentent des arcades plein-cintre à oculus dans lesquelles s’inscrivent deux arcades délimitées par une colonne à fort diamètre.
Dans le préau, rattaché à la galerie, se trouve le lavabo, ensemble formé par un pavillon hexagonal à voûte à six pans abritant une fontaine. La fontaine, alimentée par l’eau d’une source, dont seule la partie inférieure est authentique, présente 16 robinets qui servaient à l’ablution, le rasage, la toilette et le lavage du linge des moines.

La salle capitulaire était la salle de réunion quotidienne des moines pour évoquer la préparation de la journée, la vie communautaire ou des questions exceptionnelles. Elle présente deux colonnes « centrales » et est couverte de voûtes en croisée d’ogives. La pièce est cernée de gradins de pierre à 3 niveaux, et trois baies en plein-cintre l’éclairent du fond ainsi que deux baies triples de chaque côté de l’entrée.

Parmi les autres bâtiments encore debout se trouvent le dortoir des moines et le bâtiment des frères convers tous deux datés du début du XIIIe siècle, l’enceinte de Thoronet (délimitant l’espace dédié à Dieu), un vaste cellier et l’armarium (armoire où les moines rangeaient les manuscrits destinés à l’office). Le réfectoire et la salle des moines ont aujourd’hui disparu.

Plan de l’abbaye du Thoronet
Plan de l’abbaye du Thoronet (Illustration © Robert Valette. Travail personnel, sous licence GFDL)

1- Église abbatiale, 2- Enfeu, 3- Sacristie, 4- Armarium, 5- Salle capitulaire, 6- Passage, 7- Escalier du dortoir, 8- Cloître, 9- Lavabo, 10- Cellier, 11- Courette, 12- Bâtiment des convers.

Vie monastique économique

Au tout début, les Cisterciens refusent le système seigneurial, ses taxes et l’exploitation des paysans. Ils exploitent eux-mêmes leur domaine grâce aux systèmes de granges (établissements agricoles ou ateliers situés parfois à plusieurs kilomètres du monastère et gérés par les frères convers). Au milieu du XIIe siècle, l’économie de l’abbaye du Thoronet s’organise autour de l’agriculture et de l’élevage. Par ailleurs, dans le cellier, moines, convers et familiers fabriquaient et stockaient du vin et de l’huile d’olive. Mais l’activité économique de l’abbaye s’étendait beaucoup plus loin, ses biens fonciers étant relativement importants : elle possédait notamment deux salines et plusieurs pêcheries et vendaient sur les marchés les surplus.
Cependant, au milieu du XIIIe siècle les Cisterciens finissent par rentrer dans le système seigneurial et se comportent finalement comme les autres propriétaires de domaines.

Outre ces travaux agricoles et industriels, la vie du moine était aussi consacrée au travail de copie au scriptorium, à la lecture et à la méditation des textes sacrés, aux repas (midi et soir), ainsi qu’à la gestion des espaces de l’hostellerie et de l’infirmerie. Mais la vie monastique était surtout rythmée par les 8 offices :
• Les Matines : à minuit
• Les Laudes : à l’aurore
• La Prime : à la 1ère heure du jour (vers 6h du matin)
• La Tierce : à la 3e heure du jour (vers 9h du matin)
• La Sexte : à la 6e heure du jour (vers midi)
• La None : à la 9e heure du jour (vers 15h)
• Les Vêpres : le soir (avant la tombée de la nuit)
• Les Complies : avant le coucher

 

Définitions

Convers : se dit d’un moine entré en religion à l’âge adulte qui ne chante pas au chœur et est chargé du service domestique et des tâches matérielles de la communauté.

Bibliographie

ANDRIEUX (Jean-Yves), L’Abbaye du Thoronet – La mesure de la perfection, Belin-Herscher, 2001
ESQUIEU (Yves), Le Thoronet – Une abbaye cistercienne
MOLINA (Nathalie), L’Abbaye du Thoronet, Editions du patrimoine, 2013
PANAROTTO (Serge), Les 3 sœurs provençales – Le Thoronet, Silvacane, Sénanque, Edisud, 2010