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Jussie Rampante
Jussie Rampante (Photographie © Marcia Stefani, Creative Commons, no changes)

Espèces exotiques envahissantes : la Jussie rampante et la Jussie à grandes fleurs

La Jussie rampante (Ludwigia peploides) et la Jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), originaires d’Amérique du Sud, sont des espèces végétales exotiques envahissantes en PACA. Depuis plus de 180 ans elles sont présentes sur le territoire de France métropolitaine et se sont fortement propagées en région méditerranéenne.
Importées pour des raisons esthétiques, elles sont maintenant des plantes invasives du Var et d’autres départements de la région PACA. 

La Jussie rampante et la Jussie à grandes fleurs sont des plantes herbacées aquatiques vivaces, enracinées immergées ou émergées pouvant former des herbiers denses presque impénétrables. Leurs tiges allongées rougeâtres mesurent de 1 à 4 m de hauteur quand elles se développent sous l’eau, et 10 à 50 cm de hauteur lorsqu’elles sont dressées au-dessus de la surface de l’eau. Elles présentent une variabilité morphologique qui les rend difficilement identifiables en l’absence de fleur. Leurs feuilles sont alternes, polymorphes, à limbe allongé pour la Jussie à grandes fleurs et plus court pour la Jussie rampante, à pointes aiguës et de couleur vert-bleuté. Leurs fleurs, ne poussant que sur les tiges émergées de juin à septembre, mesurent de 4 à 6 cm de diamètre et ont 5 pétales de couleur jaune vif.
On les trouve essentiellement dans des milieux humides stagnants ou à faible courant, ses biotopes favorables étant les marais, les étangs, les cours d’eau, les canaux et les prairies humides. Elles présentent de très bonnes capacités d’adaptation face aux facteurs abiotiques du milieu, mais elles préfèrent les zones de fort éclairement.
Originaires d’Amérique du Sud, elles se sont cependant répandues sur bien d’autres territoires comme par exemple l’Australie, l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Europe, avec pour la France une zone de répartition abondante sur les côtes atlantique et méditerranéenne mais néanmoins présentes de manière éparse dans toutes la France métropolitaine. Elles furent introduites vraisemblablement volontairement en France pour leurs qualités esthétiques, mais le premier signalement d’une Jussie en milieu naturel remonterait à 1830 sur les rives du Lez près de Montpellier.

La prolifération de ces deux Jussie peut aisément s’expliquer. En effet, leur croissance est très rapide : « en milieu stagnant favorable, la biomasse totale d’un herbier peut doubler en deux semaines ». De plus, leur reproduction, par semences souvent fertiles, peut aussi se faire par bouture : des morceaux de tige de la plante charriés par l’eau peuvent bouturer sur de nouveaux sites de façon naturelle. Par ailleurs leur prolifération s’explique aussi par leur résistance. Elles survivent en hiver dans les sédiments en état latent et repoussent au printemps quand les conditions leurs sont à nouveau favorables.
À cause de ces diverses caractéristiques, elles forment le plus souvent des ensembles denses qui entrent en compétition avec la flore locale (les myriophylles, les potamots et les nénuphars). Lorsque la densité est très forte, les herbiers peuvent alors modifier les caractéristiques physico-chimiques de l’eau notamment diminuant le pH et le taux d’oxygène dissous dans celle-ci. Précisons également que ces deux espèces de Jussie diminuent la qualité des pâturages dans lesquels elles poussent car elles sont délaissées des herbivores.

Toutes ces informations expliquent la prolifération de la Jussie rampante et son statut « majeure » dans la liste des espèces exotiques envahissante en PACA (la Jussie à grandes fleurs possède elle le statut « émergente »).
Cette liste, dressée par le Conservatoire Botanique National Méditerranéen de Porquerolles et le Conservatoire Botanique National Alpin en 2014, repose sur une hiérarchisation des espèces faite en fonction 3 critères : le recouvrement de l’espèce dans ses aires de présence, la fréquence de l’espèce sur le territoire (PACA) et le caractère envahissant reconnu de l’espèce dans un territoire proche ou le risque de prolifération. Précisons que la liste évolue en fonction de la progression de certaines espèces et de l’arrivée de nouvelles.
La Jussie rampante,ayant un fort recouvrement dans ses aires de présence et étant très répandue en PACA, est classé « majeure » en terme de risques (de prolifération rapide et de dangerosité potentielle pour la santé animale, végétale ou celle de l’environnement), comme 27 autres espèces en PACA.

Il n’existe pas de moyen spécifique de lutte contre cette plante mais un ensemble de pratiques complémentaires. On peut déjà arracher manuellement les herbiers en début d’envahissement, et mécaniquement lorsque l’envahissement est prononcé. « La pose de filtres sur les cours d’eau permet de contrôler le transport des boutures ».
Par ailleurs, des techniques permettent de modifier les conditions écologiques pour rendre les milieux défavorables aux jussies. Des assecs estivaux créent des conditions de sécheresse et de salinité qui ne conviennent pas aux jussies. On peut aussi planter des arbres le long des cours d’eau pour priver les jussies d’ensoleillement. Enfin, l’arrêt du pâturage pendant les premières phases de lutte permet le développement d’espèces autochtones concurrentielles.

Sources :
– Document officiel de l’Agence Méditerranéenne de l’Environnement (juillet 2003) : »Plantes envahissantes de la région méditerranéenne » (juillet 2003)
– Document du Conservatoires botaniques nationaux méditerranéen et alpin : »Stratégie régionale relative aux espèces végétales exotiques envahissantes en PACA et son plan d’action » (octobre 2014)
– Publication du Réseau Régional des Gestionnaires de Milieux Aquatiques Provence-Alpes-Côte d’Azur: « Plantes Envahissantes : Guide d’identification des principales espèces aquatiques et de berges en Provence et Languedoc » (juin 2009)