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Joy de Testudog (Photographie © Raphaël Gayraud)

Rencontre avec un « chercheur » de Tortues

Dans le cadre de travaux effectués sur le site du golf de Vidauban et toujours dans l’optique de préserver les espèces présentes sur la propriété, la Fondation a fait appel aux services de Monsieur Raphaël Gayraud de la société Testudog. Sa mission, repérer et dénombrer les Tortues d’Hermann potentiellement en activité sur une zone de travaux.
C’est grâce à sa collaboration avec les chiens, que Raphaël Gayraud a créé son activité il y a 7 ans, d’abord ponctuellement à titre bénévole, puis depuis 2014 sous la bannière de son auto-entreprise « Testudog ».

 

 

Pourquoi avoir fait le choix de la Tortue d’Hermann ? N’est-ce pas une espèce difficile à chercher ?

Mon activité professionnelle m’a amenée à rencontrer les scientifiques de la SOPTOM (Station d’Observation et de Protection des Tortues et de leurs Milieux). Étant propriétaire de deux chiens je les savais susceptibles de trouver des tortues dans le milieu naturel.
Avec un peu de dressage et de persévérance le résultat sur la recherche de tortue c’est avéré très positif. C’est  une espèce qui se déplace parfois beaucoup, parfois jamais, mais à partir du moment où elle est en activité (alimentation, déplacement ou en thermorégulation) elle laisse des odeurs. Après, le dressage et la motivation des chiens font  le reste du travail.

 

Utilisez-vous plusieurs chiens chez Testudog ? D’ailleurs, sont-ils d‘une race spécifique dont le choix a été déterminé par le travail qu’ils ont à faire ?

J’ai deux chiennes : Joy est un Munsterlander de 5 ans et Lika un setter anglais de 4 ans. J’ai choisi des races de chiens de chasse car elles ont la faculté innée de traquer et de quetter en permanence.
Joy et Lyka travaillent tout le temps ensemble et elles se connaissent mutuellement.
Lika parcours le territoire le nez au vent tandis que Joy reste beaucoup plus près de moi le nez au sol.

A quoi ressemble une journée « classique » de recherche sur le terrain et quelles sont les données qui y sont récoltées ?

En tant qu’auto-entrepreneur, je suis sollicité par des administrations, des bureaux d’études et parfois des propriétaires fonciers comme le golf de Vidauban. La Tortue d’Hermann, étant une espèce protégée, je m’assure que mes commettants possèdent toutes les autorisations administratives pour manipuler les tortues (le fait de manipuler une espèce protégée est un délit passible de 150 000 euros d’amende et 3 ans de prison).

Mon rôle consiste à trouver des tortues pour mon commettant qui lui seul manipule ces reptiles pour des raisons diverses (suivi dénombrement, sauvetage avant travaux).
Le travail se fait aux heures d’activités des tortues (espèce éco-therme) en général au-dessus de 20 degrés.
Ce sont mes clients qui récoltent les données suivant le but de leur étude, Je ne suis là que pour amener ma technicité et l’efficacité de mes chiens dans la recherche de Tortue d’Hermann.
Suivant la densité de tortues, les chiens peuvent trouver sur certains sites, de 0 à 20 tortues dans la journée.
Les chiens détectent au minimum 3 fois plus de tortues que des herpétologues aguerris.

 

Dans le contexte de votre intervention sur le site du Golf, en quoi le partenariat avec la Fondation et la recherche sur le site du Bois de Bouis est-il important selon vous ?

Le code de l’environnement et ces arrêtés prévoient l’interdiction de porter atteinte aux spécimens des espèces protégées et pour certaines, à leurs habitats de reproduction et de repos. Il est possible, dans certaines conditions, de solliciter une dérogation à la stricte protection des espèces.

La fondation du Golf de Vidauban m’a sollicité pour prospecter une zone ou des travaux devaient avoir lieu, afin, le cas échéant de prendre les mesures nécessaires pour rentrer en conformité avec cette réglementation.
Il est important que cette initiative, qui sera bientôt rendue obligatoire, soit promue par tout maître d’œuvre, pour montrer l’intérêt en faveur de la sauvegarde d’une espèce aussi emblématique que la Tortue d’Hermann. Son habitat se réduit comme peau de chagrin et les incendies incessants déciment des populations entières.
Je pense que la fondation a pris la mesure de cela et le fait d’avoir sollicité Testudog montre l’intérêt  du propriétaire, pour ce petit reptile si sympathique.

 

Vos recherches sur le site des travaux se sont étalées sur 2 jours. Avez-vous déjà des résultats, voire des premières conclusions à tirer de ces 2 journées ?

Sur ce site prospecté, aucune tortue n’a été trouvée. Par contre en dehors, j’ai découvert plusieurs tortues ce qui démontre une densité importante sur les habitats naturels conservés en bordure des greens.

 

Aujourd’hui, la Tortue d’Hermann est menacée d’extinction selon l’INPN. Pensez-vous que sa sauvegarde est en bonne voie ?

Effectivement, comme je le disais, les habitats à tortues se réduisent, La réglementation est là pour réduire au maximum l’impact des travaux sur cette espèce.
Toutefois, si nous ne prenons pas conscience individuellement de l’intérêt à conserver ce reptile pour nos générations futures, le développement d’une seule espèce, l’Homme, la met en péril et toute la biodiversité avec. Il semble évident que ces animaux (plus vieux que les dinosaures) risquent de souffrir des interventions humaines au sens large.

Heureusement la Réserve Naturelle Nationale de la plaine des Maures créée en 2009 montre que l’Etat a pris la mesure des enjeux, en créant un espace protégé de plus de 5000 ha d’habitat extraordinaire pour la tortue.
Les scientifiques de la SOPTOM, comme tous les herpétologues, travaillent aussi à la sauvegarde de la tortue.
Ces différentes entités sont là pour démontrer l’intérêt d’agir ensemble dans le seul but de sauvegarder la Tortue d’Hermann, emblème  des Maures.

 

Pour finir, nous avons parlé exclusivement de la Tortue d’Hermann mais faites-vous de la recherche d’autres animaux aussi dans un but de conservation ?

Pour le moment non mais les portes sont ouvertes pour d’autres espèces.