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Four à poix du Bois du Rouquan
Four à poix du Bois du Rouquan (Photographie © LiLi Marion)

Poix et fours à poix en Provence

Une filière assez méconnue de l’histoire de l’industrie en Provence, est la production de poix navale. Les récentes découvertes de fours servant à la production de poix et l’unique restauration d’un tel four ont permis de mettre en lumière cette ancienne industrie provençale très active sous l’Ancien Régime et jusqu’au XIXe siècle.

 

Qu’est-ce que la poix ? A quoi servait-elle?

La poix est une substance le plus souvent noire, un goudron, résultant de la distillation de la résine des conifères.

C’est une matière très visqueuse, environ 230 milliards de fois plus que l’eau selon l’expérience de la goutte de poix toujours en cours. Elle a plusieurs propriétés utiles, parmi lesquelles un fort pouvoir collant, une haute capacité imperméabilisante, et elle est enfin très inflammable.

Son utilisation dans l’Antiquité ou au Moyen Âge est le plus souvent spéculative, que ce soit pour la momification des corps dans l’Egypte pharaonique, ou encore pour entrer dans la composition du fameux feu grégeois (arme incendiaire fonctionnant même en mer, utilisée par l’Empire byzantin au Moyen Âge).
Par contre, nous savons que sous l’Ancien Régime et jusqu’au XIXe siècle, la poix était utilisée pour calfater les coques (jointer les planches) des bateaux en bois, pour enduire les fils de chanvre utilisés en cordonnerie afin de les imperméabiliser, ou pour panser les plaies des animaux car la poix est bactéricide et fait fuir les insectes. Une grande partie de la production provençale était utilisée dans les ports de Toulon et de Saint-Tropez.
Aujourd’hui, la poix est produite et utilisée dans une bien moindre mesure, mais elle reste en usage et notamment dans des domaines de pointe. En effet, elle peut servir polissage de grands miroirs spatiaux comme au Centre Spatial de Liège.

Fours et fabrication de la poix

La poix est fabriquée, en Provence, par des « pégouliers », dans des fours appelés « pégoulières ». On recense deux méthodes d’extraction de la poix en Provence : par combustion externe et par combustion interne.

Avec la première méthode qui remonte à l’époque gallo-romaine et qui était également utilisée pour la production de cade, un foyer externe chauffait une jarre rempli de bois.

La deuxième méthode, celle des fours retrouvés à Vidauban, suivait le principe d’une combustion à l’étouffée. Les fours utilisant cette méthode étaient adossés en général à un sol en pente de type monticule et formaient des structures en pierre sèches de plusieurs mètres de côté. Cette structure s’élevait depuis la base sur plus de 2 mètres et abritait une grande jarre. Dans ces fours, la poix était produite de la manière suivante. On remplissait la  jarre de buchettes de pins (environs 1400 litres de buchettes) auxquelles on mettait le feu par la partie supérieure. Dès le début de la combustion, on fermait la jarre avec de grosses pierres jointives que l’on recouvrait d’une grande quantité de terre sur une épaisseur d’au moins 50 cm afin d’assurer une isolation optimale. Le couloir latéral qui débouchait à la base de la jarre ouverte à cet endroit et qui avait permis d’assurer le début de la combustion par une arrivée d’air, était alors refermé. On l’obturait avec une pierre et l’étanchéité était réalisée avec de l’argile.

La combustion devait durer environ 48 heures, mais déjà au bout de quelques heures la poix commençait à s’écouler. Enfin, le fond du réceptacle servant à recueillir la poix était enduit d’eau pour que la matière se fige plus rapidement. La poix était alors immédiatement coupée en morceaux.

Les fours à poix en Provence

De nombreux fours à poix furent redécouverts au fil du temps en Provence : à Signe, à Riboux, Saint-Anne du Castellet, à Cuges ou encore Ollioules. Mais le nombre de « pégoulières » découvertes sur la commune de Vidauban est plus important que dans n’importe quelle autre commune du Var puisqu’on en a recensé sept jusqu’à présent.

Les « pégoulières » remonteraient au XVIe siècle en Provence. Cependant, celles de Vidauban semblent être les plus récentes et les dernières à avoir été utilisées. On pense en effet qu’elles ont fonctionné jusqu’en 1920. Parmi celles retrouvées, prenons l’exemple de celle du site des Tourtin : elle est constituée d’une jarre profonde de 2 m, large de 1,53 m à son maximum disposant d’une ouverture de 0,55 m. Un parement de 7 m de large formé de grosses pierres plates plaque le four contre la colline et présente en son centre un couloir de 1,3 m qui rejoint l’ouverture inférieure de la jarre.
Enfin, au fond interne de la jarre est adjoint un bourrelet qui dirigeait la poix chaude vers une canalisation enterrée, aboutissant à un réservoir creusé dans la terre.

Les six autres fours sensiblement identiques à celui des Tourtin furent retrouvés sur les sites des Porres, des Pommiers, des Ricard (2 fours), de l’Aube et du Bois du Rouquan.

En 2003, le four à poix du Bois du Rouquan fut restauré à l’initiative de la municipalité de Vidauban par l’Association de sauvegarde du patrimoine en pierres sèches du Var. Cette restauration exécutée par deux bénévoles de l’association a permis la reconstruction totale du four à l’exception de la jarre. Elle a nécessité 35 tonnes de pierres et 250 heures de travail.

Illustration © Henri Ribot
Illustration © Henri Ribot

Définitions

Feu grégeois : arme incendiaire fonctionnant même en mer utilisée par l’Empire byzantin au Moyen Âge.

Bibliographie

PORTE (Laurent), Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale, Les Alpes de Lumière n°104, 1994, 2e éd., 48p.

Bibliographie numérique

http://www.planetastronomy.com/special/2011-special/10jun11/csl.htm
http://sgmb.fr/foursapoix/index.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_la_goutte_de_poix