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Four à cade, Var
Four à cade - Var (Photographie © La Cigale, Creative Commons, no changes)

Huile de cade et fours à cade en Provence

Aux côtés des fours à poix, la Provence recèle d’autres industries méconnues, au premier rang desquelles se trouve la production d’huile de cade. Cette industrie, elle aussi en grande partie tombée en désuétude, a laissé dans la campagne provençale, et particulièrement dans le Var, de grands fours témoins d’un passé quasi séculaire.

Le cade est le nom provençal du genèvrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus), espèce de la famille des Conifères poussant notamment en Provence. La production d’huile de cade se fait exclusivement à partir de la combustion de cette espèce.
L’huile de cade est un liquide limpide, homogène et noirâtre, à l’odeur prononcée et au goût âpre.

Cade et huile de cade

Utilisée depuis longtemps pour ses vertus cicatrisantes, l’huile de cade connait principalement quatre grands domaines d’application :

  • En médecine : jusqu’à l’apparition de la chimie moderne avant 1940, elle était utilisée comme base de nombreuses pommades et onguents destinés aux traitements du psoriasis, des eczémas chroniques,… Elle est encore utilisée actuellement pour le traitement des kératoses du cuir chevelu et des hyper-kératoses du psoriasis.
  • En usage vétérinaire : elle est encore utilisée aujourd’hui par de nombreux bergers et par des vétérinaires dans le traitement de la gale (pour cheval, porc, mouton, chèvre et chien), des fissures des sabots des équidés, des teignes animales, des eczémas, du météorisme des moutons par voie digestive, et d’autres encore.
  • En usage phytosanitaire : elle est utilisée comme antiseptique et cicatrisant (plaies de taille ,…), comme antiparasitaire (champignons,…), comme fongicide (rouille,…) et comme ovicide (pucerons,…).
  • En cosmétologie : elle était utilisée diluée dans l’eau comme soin pour faire luire les cheveux après leur lavage. Elle entre aujourd’hui encore parfois dans la composition de certains shampoings et savons.

Les fours à cade en Provence (le Var)

L’huile de cade est en Provence fabriquée dans des fours appelés des « enguentières » par les « enguentiés ». Ces fours n’étaient pas utilisés en été (période de récolte du cade) à cause de la trop forte chaleur dégagée et des risques d’incendie ; ils étaient allumés après les vendanges, à la fin octobre, la plupart des « enguentiés » étant des agriculteurs et des vignerons.

Selon le recensement effectué par Laurent Porte, il y aurait au moins 184 « enguentières » dans le département du Var (dans le sud-ouest), apparemment la plus grande concentration en France puisque M Porte n’en retrouve que 18 autres ailleurs, toutes dans le département limitrophe des Bouches-du-Rhône. Précisons que les fours les plus proches de la Plaine des Maures sont ceux de Cuers, Méounes et Rocbaron.

Tous les fours recensés ont la même conception générale. Ce sont des constructions massives en grosses pierres sèches appareillées, de plan rectangulaire ou rond. Ces fours font de 5 à 7 mètres de long, pour à peu près 3 m de large, et ont une élévation originelle de 2,5 à 3 m. Sur la partie frontale on trouve un profond renfoncement, sorte de petit couloir de 1,3 à 1,5 m de long qui mène à un orifice, la « porte ». Cette « porte » a une base constituée d’un moellon résistant carré et déborde un peu vers l’extérieur pour former une lèvre d’où coulait l’huile. Les murs des côtés de la structure sont droits, comblés par de la terre qui assurait étanchéité et isolation thermique. Sur chacun de ces côtés s’ouvre un tunnel, de presque 1 m de long par 35 à 40 cm de côtés, créant des évents destinés à l’alimentation et au tirage du foyer. L’arrière du four est quant à lui fait d’un plan incliné de 2,5-3 m ou d’un escalier de pierres permettant l’accès à la partie haute du four.

Au centre de la structure se trouve un mur interne délimitant une fosse arrondie d’une profondeur de 1,7 à 2 m et d’un diamètre de 1 à 1,4 m. Dans cette grande fosse se trouvent la « jarre », structure faite de tuiles fixées par de l’argile blanche en forme de jarre renversée qui contenait le cade et qui mesure 1,7 à 2 m de hauteur, et une vaste chambre de chauffe où aboutissent les deux tunnels latéraux.

Fours et fabrication de l’huile de cade

L’huile de cade s’obtient uniquement par combustion incomplète du bois de cade.
La technique semble avoir été la même partout. On commençait par fermer la « porte » du four avec un carreau résistant de dimensions identiques au moellon servant de base, fixé verticalement au-dessus de ce dernier, et surélevé de 1,5 cm par deux petites branches pour permettre la sortie de l’huile qui était directement recueillie dans une cornue en bois (récipient utilisé pour la distillation, à l’origine fait en verre pour les laboratoires). On plaçait 150 à 200 kg de bois de cade, débité en buchettes de 15 à 20 cm de long pour quelques centimètres d’épaisseur, dans la jarre. Puis la jarre était close hermétiquement par une grande pierre enduite à l’argile qui servait de lut (enduit se durcissant par dessiccation), ou plus récemment par une porte en fer. Enfin, toute la partie haute du four était recouverte de de 20cm de terre pour éviter toute perte inutile de chaleur.

On allumait à l’aube un feu vif sous la jarre, dans la chambre de chauffe alors remplie de tous les bois disponibles de la forêt. Cette combustion avait pour effet de dégager en premier une fumée blanche, et de produire une première huile claire, l’eau, qui, étant moins qualitative que l’huile de cade, n’était pas commercialisée mais donnée aux bergers pour leur usage personnel. Puis la fumée devenant bleuâtre, la « vraie » huile de cade sortait alors et coulait dans la cornue. Le feu intense était maintenu jusqu’à la mi-journée, puis le soir on bouchait les deux évents d’aération pour créer une combustion lente (à l’étouffée) durant toute la nuit.

Une fois récoltée, on versait cette huile chaude dans un grand baquet de bois appelé baille (ou baio) où se formait une bourbe, la boue, séparée ensuite par décantation dans des tonneaux de bois de 200 litres : l’huile surnage, et la boue (ou goudron) reste au fond. Une fournée de 150 kg à 200 kg de cade donnait généralement entre 15 et 20 litres d’huile.
Aujourd’hui encore on produit de l’huile de cade mais par distillation (il y a une distillerie dans l’Hérault par exemple), les fours actuels n’ayant plus beaucoup à voir avec nos « enguentières » provençales.

Four à cade - coupe de profil
Four à cade – coupe de profil (voir livre de Laurent Porte, page 11)

Bibliographie

PORTE (Laurent), Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale, Les Alpes de Lumière n°104, 1994, 2e éd., 48p

Bibliographie numérique

http://sgmb.fr/foursapoix/index.html